HARMONIA UNIVERSUM Auto Editions en ligne © Patinet Thierri
Présente

MARINE FORCE 7 :
PIECE DE THEATRE EN TROIS ACTES
© Jean Pierre Mailhan .
CD multimedia
Sujet:
Roger, auteur de pièces de théâtre à succès rassemble précipitamment ses 4
meilleurs amis à son domicile, momentanément inhabité par lui-même et son
épouse Marine. Il leur expose par téléphone qu'il détient la preuve formelle
que l'un d'eux a été l'amant de sa femme, qu'il les a réunis à huis clos afin
de favoriser l'identification du coupable et pouvoir ainsi maintenir des liens
d'amitié avec les 3 innocents. Les quatre intéressés, aux personnalités très
différentes; vont tenter de connaître la vérité et parviendront même à une
solution. Ils seront perturbés par l'arrivée prématurée de Marine qui
accentuera la difficulté de la situation. Nos quatre détectives auront
également à subir divers rebondissements dans leur quête besogneuse et loufoque
de la vérité.
EXTRAIT
Marine Force 7
Acte I
(Lever de rideau sur un salon vide. Arrivée de Jean Eudes. Il vérifie que l'appartement est inhabité puis compose un numéro de téléphone et utilise le haut parleur de l’appareil)
Jean Eudes : Allô Roger c'est Jean-Eudes. Je suis chez toi, ce qui signifie au moins que je n'ai pas perdu tes clefs.
Roger : Bien
Jean-Eudes : Alors grand cachottier ?
Roger : Alors vieille curieuse ?
Jean-Eudes : Il est tout de même normal d'être inquiet lorsque l'un de vos meilleurs amis vous convoque en toute hâte un samedi après midi pour un service grave et urgent, Que se passe-t-il ?
Roger : Je t'ai déjà répété que je m'exprimerai devant tous les quatre.
Jean-Eudes : Enfin l'avant garde mérite bien une confidence.
Roger : C'est une logique militaire qui t'appartient. Rassure-toi le gros de la troupe ne va pas tarder. Vincent vient de recevoir un petit bolide dans sa concession qu'ils ont voulu essayer.
Jean-Eudes : Alors que j'accoure, ces messieurs s'amusent avec des petites voitures. Cela mériterait une confidence, une petite mise en bouche.
Roger : Tu es incorrigible
Jean-Eudes : Mais j'entends des voix sur le palier. (Sonnette, jean-Eudes ouvre la porte et embrasse chaleureusement les 3 arrivants) Ah que c’est bon, c'est rassurant de retrouver l'eau de toilette de ses amis... j’ai l’impression de m’imprégner de vous.
Vincent/Xavier/Arnaud : Faut peut-être pas exagérer.
Roger : je m'excuse d'interrompre ces considérations olfactives...
Jean-Eudes Finalement c'est Vincent.
Roger : Pardon ?
Jean-Eudes : C'est Vincent qui a changé d'eau de toilette.
Xavier : Ou de marque de lubrifiant.
Roger : Donc si je vous ai demande de venir…
Jean-Eudes : Ah oui, la nouvelle est beaucoup plus épicée.
Roger : Vincent tu seras gentil de lui procurer un échantillon mais s'il te plaît cesse et laisse moi parler. Donc, si je vous ai demandé de venir... C'est pour vous confier un secret et une sorte d'enquête.
Jean-Eudes : d'abord le secret.
Roger : Je vais être brutal : Marine, mon épouse, a eu un amant.
Jean-Eudes : Mais non pas Marine !
Roger : Si marine mon épouse, a eu un amant.
Jean-Eudes : (atterré) Marine un amant.
Roger : Et oui, j'ai trouvé par hasard un vieux journal intime.
Arnaud: On peut tout de même douter de la crédibilité de ce journal intime.
Roger : Non dès lors que tous les autres faits qui y sont rapportés sont aisément vérifiables.
Xavier : Marine est informée de la découverte de son journal ?
Roger : Non.
Vincent: Tu comptes lui dire quand ?
Roger : Dès que je connaîtrai l'identité de son amant. D'ailleurs je compte sur vous pour m'assister dans cette recherche.
Jean-Eudes : Marine, un amant !
Arnaud: On ne demande qu'à t'aider mais faudrait-il encore nous fournir quelques indices.
Roger : je dispose d'une indication de premier choix : c'est quelqu'un que je connais et que vous connaissez également.
Xavier : Il nous faudrait donc dans un premier temps, dresser la liste de toutes les personnes de sexe masculin, connu de toi et de nous.
Vincent : Pas facile l'inventaire... puis les relations communes ça va, ça vient.
Jean Eudes : Expression tout à fait opportune, vu les circonstances.
Roger : Lorsque je parle de personnes que je connais, je n'évoque pas de fugaces relations... mais de solides liens amicaux.
Vincent : C'est déjà plus fastoche.
Arnaud : Allons directement au but : Quels sont les personnes en dehors de nous quatre, avec qui tu entretien de solides liens d'amitié.
Roger : Cherchez.
Vincent : ça serait bien qu'il n'y ait qu'un bonhomme.
Xavier: Personnellement j'en voyais deux mais ils sont décédés.
Jean-Eudes : On a droit aux amants posthumes ?
Arnaud : Je pense que c'est sans intérêt.
Roger : En effet.
Vincent : Moi je donne ma langue au chat.
Jean-Eudes : Voilà une autre formule adaptée à la situation.
Arnaud : J'ai bien peur de comprendre : la liste est vierge, ce qui explique que tu ne sois pas parmi nous.
Roger : Et oui : l'un de vous est le complice de marine.
Jean-Eudes/Xavier/Arnaud/Vincent : Quoi ?
Vincent : Tu déconnes !
Xavier : Ce n'est pas sérieux.
Arnaud : Mais pourquoi suspecter l'un de nous ?
Roger : Parce que son complice a évoqué un fait très confidentiel me concernant en pensant que Marine était également au courant : hors vous étiez les seuls à connaître ce secret et sur le journal, il est écrit : « Alors que nous nous rendions à Arnouville les Gonesse pour profiter du charme discret de l’hôtel qui allait abriter nos étreintes, GB m’apprit alors l’origine douteuse de la première pièce de Roger. »
Jean-Eudes : C'est qui GB ?
Xavier : L'amant !
Jean-Eudes : Ah !
Arnaud : Je suppose qu'il s'agit d'un code et non d'initiales ?
Roger : Cela signifie en fait Gros Bêta.
Xavier : C'est inattendu pour un nom d'amant.
Jean-Eudes : (désorienté) C'est qui gros bêta ?
Arnaud : L'amant !
Vincent: Mais pourquoi aller à Arnouville les Gonesse?
Roger : je précise que cela se situe dans le Val d'Oise pas très loin de Roissy.
Xavier : Ah ! Arnouville les Gonesse, ses hôtels discrets, ses amants furtifs et ses étreintes contrariées.
Vincent : ( méditatif) Arnouville les Gonesse.
Arnaud : Arnouville la mystérieuse.
Roger : Je me permets de vous rappeler que je ne vous ai ni conviés à un rallye promenade ni à la découverte de la banlieue parisienne.
Arnaud : Mais enfin cela ne tient pas debout. Ni ce journal intime ni Gros Bêta.
Vincent : et en plus à Arnouville les Gonesse !
Roger : Je conçois qu'il vous soit très désagréable d'être soupçonnés, mais je reste intimement persuadé que le coupable est l'un de vous quatre. Vous comprendrez qu'il m'est difficile de le conserver dans le cercle de mes meilleurs amis. Alors voici la suite du programme : je vous assigne à résidence dans l'appartement. Quand le coupable se sera dénoncé ou quand les 3 autres l'auront démasqué il suffira de me téléphoner à mon bureau afin que je puisse serrer à nouveau dans mes bras ceux que j'aurai injustement suspectés. Bien entendu Marine n'est pas au courant de cette réunion. Elle se trouve actuellement en Alsace pour revoir une amie et se rendre à une exposition. Elle ne reviendra que lundi dans la journée, ce qui vous laisse pratiquement le week-end pour vous consacrer à votre enquête. Cela devrait suffire. Maintenant je vous laisse. Au revoir et à bientôt.
(Les 4 amis s assoient en silence)
Vincent: Deux minutes !
Jean-Eudes : Bip,bip,bip…
Xavier :(s'adressant â.Jean-Eudes) tu fais quoi ?
Jean-Eudes : J'égrène... Vincent a dit 2 minutes.
Xavier : Je vais faire l'inventaire du frigidaire à toutes fins utiles
( Xavier sort de la scène)
Arnaud : Si je résume la situation nous avons un métronome, son assistant et un préposé aux vivres.
Xavier : (qui revient de la cuisine) On ne tiendra pas longtemps.
Jean-Eudes : Bip,bip.
Arnaud : Je suis d'accord avec Vincent : ou nous considérons la situation comme grotesque et nous déguerpissons ou nous accordons quelque crédit au récit de Roger et nous exorcisons le démon.
Jean -Eudes : Ne commence pas à parler en latin sinon Vincent va être déstabilisé.
Vincent : J'vais l'étrangler.
Xavier : Roger semble sérieux mais cette histoire de journal intime, de secrets connus de nous quatre, ce n'est pas crédible.
Arnaud : Et pourtant il existe ce secret. Rappelez-vous sur le bateau de Xavier il y a dix ans, Roger nous a confié que sa première pièce de théâtre, qui fut également son premier succès, n'était en fait qu'une adaptation rusée d'un manuscrit trouvé fortuitement dans un train et appartenant Vraisemblablement à un jeune auteur inconnu.
Vincent : Exact!
Xavier: Mais pourquoi ne pas en avoir affranchi sa femme ?
Arnaud : Peut-être par orgueil, Marine et Roger se sont rencontrés après les premiers succès théâtraux de Roger.
Xavier: Et ce journal intime ?
Jean-Eudes : Mais elles en écrivent toutes des journaux intimes...Dès qu'elles savent écrire elles commencent à en griffonner.... et elles persistent ensuite.
Et en plus elles sont distraites, elles finissent toutes par laisser traîner les fameuses confessions.
Arnaud : Alors, faisons un rapide tour de table pour décider de l'attitude à adopter : l'enquête ou la retraite.
Xavier: Vous n'avez rien remarqué de bizarre ?
Arnaud : La situation est suffisamment extravagante... Qu'est-ce qui te préoccupes ?
Xavier: Voilà un homme qui apprend brutalement qu'il a été trompé et qui, au lieu de demander des comptes à sa femme, recherche en priorité l'identité du complice.
Jean-Eudes : Peut-être que la coupable bénéficie déjà d'un pardon virtuel.
Vincent : C'est pas dans le caractère de Roger... Et puis il aurait tout de même pu vérifier auprès de Marine que le journal intime n'était pas une invention.
Arnaud : On suppose qu'il considère ces confessions comme exactes.
Jean-Eudes : Même si l'un de nous quatre a été l'amant de Marine, le procédé consistant à nous...séquestrer est grotesque.
Xavier: Qu'auriez vous fait à sa place ?
Jean-Eudes, Arnaud, Vincent : Pardon ?
Xavier: Si vous étiez à la place de Roger quelle attitude auriez-vous adoptée ?
Vincent : 3 minutes.
Jean-Eudes : Vincent nous convie à un nouveau sprint.
Vincent : Je lui aurais laissé trois minutes pour faire ses valises.
Jean-Eudes : Et vis à vis de nous ?
Vincent : j'sais pas. j'pense que je vous aurais téléphoné tout de suite pour vous dire que je virais Marine... j'veux dire ma nana mais sans peut-être tout déballer immédiatement.
Xavier: Et toi Arnaud ?
Arnaud : Je pense que j'aurais utilisé la surprise. Peut-être en vous invitant au Restaurant, Marine incluse, pour vous lire au dessert, le journal intime et tenter de capter des réactions, des regards, afin d'y déceler des indices.
Xavier: Et toi Jean-Eudes ?
Jean-Eudes : Vous m'obligez vraiment à un effort d'imagination... Spontanément je n'ai pas d'attitude à vous proposer. En revanche je sais que je me serai livré à une enquête.
Arnaud : Xavier a certainement une suggestion en poche.
Xavier: Absolument pas. Je me suis contenté de vous questionner sur votre réaction dans les mêmes circonstances. Je sais que moi aussi j'aurai voulu savoir. Je n'aurais pas recouru aux pièges de Roger et d'Arnaud car ce n'est pas dans mon tempérament. Je pense que je me serai octroyé un délai pour observer les attitudes de ma femme avec vous quatre afin de détecter les signes d'une ancienne intimité.
Arnaud : La question de Xavier a eu le mérite d'aboutir à une conclusion : nous aussi on aurait voulu savoir avec qui. Mais on n'aurait pas utilisé la même méthode : la brutalité, le machiavélisme, l'observation attentive...
Xavier: Et Roger a choisi le huis clos, c'est une méthode comme une autre.
Arnaud : Ce n'est pas très courageux de sa part : il nous évite mais nous invite à enquêter à sa place.
Jean-Eudes : Disons qu'il a agit en homme de théâtre, il a mis en scène sa propre infortune et a distribué les rôles aux seuls suspects.
Vincent : Faut dire que dans toutes ses pièces il y a des histoires de fesses ; alors forcément il a une longueur d'avance sur nous.
Xavier: Le piège est ingénieux mes minous : si l'un de nous se retire de la scène, il sera soupçonné, et si nous partons tous, Roger pourra nous taxer de complicité passive avec le coupable.
Arnaud : Et nous perdrons tous son amitié.
Vincent : Si je comprends bien les minous, faut rester.
Jean-Eudes : Je crains que nous y soyons condamnés. Enquêtons ! moi j'aime les enquêtes... et puis avec 3 suspects se sera rapide.
(Vincent lève la main et indique le chiffre 4 avec les doigts)
Jean-Eudes : Vincent veux-tu me faire plaisir? Peux-tu prononcer régulièrement une phrase avec un verbe entouré de son sujet et de son complément d'objet?
Vincent : Nous sommes quatre.
Arnaud : Bel effort linguistique.
Xavier: Réalisme mathématique.
Jean-Eudes : Certes nous sommes 4 mais 3 plus 1.
Xavier: Précise ta pensée ?
Jean -Eudes : Mes moeurs dites particulières_ m'innocentent inévitablement.
Arnaud : Certainement pas... un moment d'égarement, un coup de folie...
Xavier : Une soirée trop arrosée...
Vincent : Et SCHLAAK
Jean-Eudes : Ah ça vous parait possible ?
Xavier : Tout est possible... un brutal dédain des fesses boutonneuses et plates des garçons.
Vincent : Et SCHLAAK
Jean-Eudes : D'abord les hommes n'ont pas toujours les fesses boutonneuses et plates. Et puis soyez réalistes, si Marine avait une quelconque apparence androgyne j'admettrais encore, mais elle respire la féminité par tous les pores de sa peau, ses lèvres sont des fruits magnifiques, ses yeux des promesses envoûtantes et sa démarche défie la pesanteur.
Vincent : Ah ça, c’est bien dit, je note (Vincent sort un petit carnet d'une poche) : ses fruits défient la pesanteur, ses lèvres envoûtent nos yeux et sa démarche est prometteuse.
Xavier : Vincent as-tu déjà connu des problèmes avec les commandes de tes clients ? N'as tu pas un jour livré un break diesel jaune moutarde à la place d'un cabriolet rouge cerise ?
Vincent : Non, je ne m'en souviens pas. D'ailleurs, on me commande rarement un break diesel. Mais, au prochain essai de véhicule avec une cliente il faut que je lui place l'histoire des fruits qui défient la pesanteur.
Jean-Eudes : Inaugurant en quelque sorte la profession de garagiste maraîcher,
Vincent : Je ne suis pas garagiste mais concessionnaire
Jean-Eudes : II faudrait de temps en temps prévoir quelque concession à la langue française.
Vincent : Je vais l'étrangler.
Arnaud : Enfin Jean-Eudes tu ne serais pas le premier homo à avoir un accident hétéro A l'instar des hétéros qui sont victimes d'un accident homo.
Jean-Eudes : Dans les deux cas il ne s'agit pas d'accident. Quand un hétéro s'offre une parenthèse homo, on appelle ça une expérience ; et quand un homo se fourvoie dans un épisode hétéro, on appelle ça une faute de goût.
Vincent : Il est d'une mauvaise foi ce mec.
Arnaud : Puisque nous avons commencé l'enquête on pourrait dans un premier
temps solliciter un aveu spontané. Qui est gros bêta ? (silence puis Jean‑Eudes rie sous cape en montrant du doigt Vincent qui finit par s'en apercevoir).
Vincent : Cette fois ci je l'étrangle (Arnaud et Xavier calment Vincent ).
Arnaud : J'ai dit aveu et non délation.
Jean-Eudes : Excusez-moi je n'ai pas pu m'empêcher d'associer gros bêta à …
Vincent : Suffit !
Arnaud : L'aveu spontané n'étant pas la bonne solution il nous faut trouver une autre méthode.
Xavier : Je propose qu'à tour de rôle nous comparaissions devant un tribunal composé des 3 autres, ledit tribunal ayant pour rôle d'exprimer sans retenue tous les doutes possibles, les ressentiments, les circonstances favorables, pour séduire Marine avant que cette cour se concrétise ou se répète à Arnouville les Gonesse.
Arnaud : Ca fait un peu inquisition.
Jean-Eudes : On pourrait mettre des grandes robes rouges.
Vincent : Avec des chapeaux pointus.
Jean-Eudes : Non ça c'est le Klu Klux Klan.
Xavier : Excusez moi je n'ai pas pensé aux décors
Arnaud : Retenons le procédé. Qui passe le premier ? II faut trouver un critère.
Xavier: (s'adressant à Arnaud) Toi qui es avocat quelle est la plus mauvaise place ?
Arnaud : La dernière. On se rappelle plus facilement des dépositions du dernier suspect entendu.
Xavier : Donc tu passeras en dernier.
Arnaud : Mais c'est arbitraire !
Xavier: Tu compenseras par ton expérience en la matière et pour te prouver ma bonne foi j'accepte d'être en avant dernière position.
Jean-Eudes : C'est bien parti Vincent.
Vincent: Oui mais cinq minutes maxi.
Jean-Eudes : Bip.bip...
Xavier: Jean-Eudes égrène.
Arnaud: Je suppose que Vincent veut dire 5 minutes maximum par suspect.
Jean-Eudes : N'accablons pas Vincent, toute sa vie est rythmée par des chiffres tachymètres, compte tours, pression d'huile, de pneus, consommations au 100 km. chevaux DIN. SAE et fiscaux…
Xavier: Quelle cavalerie !
Vincent : 5 minutes maxi!
Jean-Eudes : Je crois que c'est sans appel.
Arnaud : Nous n'interjetterons pas appel.
Xavier : qui commence ? Finalement entre un homosexuel notoire et un garagiste bourru l'ordre de passage est mineur car nous devons reconnaître que les présomptions sont minces.
Vincent : Vous m'agacez à la fin !. Moi aussi j'ai droit aux femmes mariées.
Arnaud : Cette revendication à l'adultère traduit-elle une aspiration ou une expérience significative?
Vincent : Une expérience significative.
Jean-Eudes : Vincent adultérin ?
Vincent : Ben oui qu'est-ce que vous croyez ?
Xavier: A quand remonte la dernière escapade ?
Vincent : Il y a 2 semaines avec une cliente.
Jean-Eudes : Alors là il est fort ! Non seulement il leur vend une bagnole, avec des options tout à fait inutiles et en plus, elles ont droit a ses accessoires !...
Arnaud : Tu m'intrigues raconte-nous.
Vincent : Mais c'est tout simple après lui avoir vendu une voiture je lui ai téléphoné pour un motif bidon.
Jean-Eudes : Bidon ou jerrican ?
Xavier : Mais que lui as-tu dit ?
Vincent : J'me rappelle plus exactement. Ca vous intéresse ?
Jean-Eudes/ Xavier/Arnaud : Oui oui !
Vincent : Grosso modo ça devait ressembler à un truc comme çà (silence puis Vincent pathétique) En vérité madame je ne suis plus là ; je suis resté sous le charme de I'essai routier que nous fîmes ensemble.. Pendant quelques minutes ce fut un aller simple vers le bonheur. De votre corps je n'ai surpris que ces grands yeux qui me questionnaient après chaque plainte de l'embrayage, que ces petites dents blanches qui mordillaient votre lèvre inférieure après chaque manoeuvre périlleuse, que ces genoux à peine dévoilés par les mouvements onctueux de vos jambes sur les pédales. Je n'ai saisi que ces éclairs furtifs mais j'ai entrevu un bonheur inaccessible : nous ne roulions plus, nous fuguions, Déjà j'imaginais l'auberge qui se préparait à nous accueillir et où nous dînerions les yeux dans les yeux, émus par la certitude d'une nuit qui n'appartiendrait qu'à nous. J'ai rêvé si fort madame qu'une fois revenu au garage j'étais déjà votre amant. J'aimerais le redevenir.
Jean-Eudes : On peut l'applaudir.
Xavier: Et finalement ?
Vincent : Et SCHLAAK
Arnaud : Et dire qu'à chaque fois qu'on essaie une de ses voitures il nous engueule monstrueusement à la moindre imperfection de conduite.
Vincent : C’était une comb…comb…combaise je crois.
Xavier : Nous nous en doutions.
Vincent : Qu'elle habitait Combs la Ville ?
Arnaud : Et où fut honorée la victime ?
Vincent : Dans un petit hôtel de la Queue en Brie.
Jean-Eudes : Il s'en passe des choses en banlieue Sud.
Xavier : Et l'avant dernière? où la victime fût immolée ?
Vincent : Cette fois dans le Val d'Oise à Bouffémont.
Arnaud : Nom prometteur.
Jean-Eudes : Je n'ose pas te questionner sur l'antépénultième.
Vincent : C'est quelqu'un qui habite où une antépé ?
Arnaud : C'est l'avant - avant dernière.
Vincent : A Montargis.
Jean-Eudes : Ouf ! Nous sommes sauvés.
Vincent : Enfin pas très loin de Montargis, dans un hôtel qui s'appelle le Château des Bézards.
Jean-Eudes : Mon dieu !
Arnaud Nous ne croyons pas un seul instant que la connotation sexuelle du nom de ces divers endroits t'a échappé.
Vincent : La conno... ?
Xavier: A mon avis cela tient du génie.
Jean-Eudes : Après cette longue digression il convient de conclure. Vincent revendique le droit d'être suspect, ce droit lui sera accordé.
(Vincent agite son doigt négativement)
Jean-Eudes : le voilà reparti dans une hibernation linguistique.
Vincent : Je ne suis jamais allé à Arnouville les Gonesse.
Xavier: Même incidemment ? Une erreur de navigation au cours d'un merveilleux essai de véhicule?
Vincent : Je ne suis jamais allé à Arnouville les Gonesse.
Jean-Eudes : Et si Marine s'était trompée de nom.
Vincent : NON !
Arnaud : Je crois que nous n'insisterons pas.
Xavier : Notons tout de même que l'innocence de Vincent repose sur une incompatibilité géographique qui ne saurait constituer un alibi.
Arnaud : Tout à fait, il est difficile d'admettre que lorsqu'il dévore des yeux une conductrice avec passion il reste attentif au parcours emprunté.
Vincent : Faux !
Jean-Eudes : S'il te plaît Vincent, une phrase construite.
Vincent : C'est un réflexe professionnel : en bagnole et quelle que soit la passagère ou la conductrice je sais toujours d'où je viens, où je suis et où je vais.
Xavier : Finalement Vincent dispose d"un champ de conscience très large.
Arnaud : Il reste toutefois un doute ultime.
Vincent : Sur l'existence d'ArnouvilIe les Gonesse ?
Arnaud : Non mais sur la confusion possible dans l'esprit de Marine. Elle croyait se trouver à Arnouville les Gonesse mais en réalité le petit hôtel dépendait d’une commune limitrophe.
Vincent : Je ne suis jamais allé dans les limitrophes non plus.
Xavier : Mais comment peux-tu connaître leur nom ?
Vincent : Par instinct.
Jean-Eudes : Peut-être chaque automobiliste a-t-il sa terrae incognitae ?
Arnaud : Je propose de clore le dossier Vincent et de passer au suspect suivant.
Xavier : Tu oublies Monaco.
Arnaud : Ah oui c'est vrai. Vincent a passé deux jours et deux nuits avec Marine pour le grand prix de Monaco.
Jean-Eudes : On peut d'ailleurs s'étonner de ce brutal engouement de Marine pour le sport mécanique.
Vincent : Le grand prix de formule un de Monaco ce n'est pas seulement une course Automobile.
Arnaud : C'est surprenant une telle dépense pour une simple amie.
Vincent : Un voyage offert par la direction commerciale parce que j'avais atteint mes objectifs de vente.
Jean-Eudes : Je pensais naïvement que seuls les conjoints pouvaient accompagner les Lauréats.
Vincent : II est vraiment naïf Jean-Eudes. Si tu veux vraiment faire plaisir à un client ou à un collaborateur en lui offrant un voyage tu ne l'invites pas, accompagné de son conjoint, mais d'une personne de son choix.
Xavier: La nuance est importante.
Vincent : Fondamentale.
Jean-Eudes : Je complète mon information : on n'offre jamais de voyage pour une personne?
Vincent : C'est rare en théorie mais fréquent en pratique.
Xavier: Explique un peu.
Vincent : II arrive qu'une personne qui bénéficie d'un voyage pour elle-même et une personne de son choix raconte à son conjoint que le cadeau est limité à une place.
Arnaud : Quand on pense que c'est le budget communication des entreprises qui finance ces galipettes.
Vincent : Mais concernant Marine, pour la piaule : two singles.
Jean-Eudes : C'est un patois monégasque ?
Xavier: Non plutôt de l’anglo argot.
Jean-Eudes : Ah oui deux chambres...
Arnaud : Mais pourquoi ne pas avoir exploité cette occasion pour inviter une cliente mariée.
Vincent : Trop dangereux, imagine qu'elle ait un mari fana de bagnole à qui, au dernier moment, elle refile l'invitation.
Jean-Eudes : Pas folle la guêpe : elle se débarrasse du mari, échappe aux vrombissements des moteurs le jour, et aux ronflements de Vincent la nuit.
Vincent : Je ne ronfle pas beaucoup.
Jean-Eudes : Si peu... Quand on se retrouve sur le voilier de Xavier, j'entends un diesel toute la nuit.
Vincent : Ca ne devrait pas te déplaire les bateaux qui marchent à voile et à moteur.
Arnaud : Enfin Vincent, ce n'était pas la place de Marine.
Xavier: N'oublions pas que Marine est curieuse de tout, prête à sauter dans le premier train ou le premier avion, et que son mari appartient plutôt à la race des casaniers et des antisportifs.
Vincent : Et puis pour la bagatelle j'aurais choisi un endroit plus calme.
Xavier(méditatif) : L’intensité sportive favorise-t-elle l'excitation sexuelle ?
Jean-Eudes : faut répondre maintenant ou c'est un thème de débat pour émission branchée.
Arnaud : finalement entre les hanches d'une Ferrari et la frimousse d'une Mac Laren... Je propose de clore le dossier de Vincent et d'ouvrir celui de Jean-Eudes.
Jean-Eudes : Ah enfin !
Arnaud : Mais tu seras suspecté comme nous tous.
Xavier: Ok commençons.
Jean-Eudes : Oui mais s'il vous plaît faites un effort dans la présentation, mettez-vous
au moins tous les trois derrière une table. Je consens à jouer pleinement mon rôle de suspect mais que si vous vous employez à davantage de rigueur dans la disposition des accusateurs.
Xavier: Cette mise en scène est-elle vraiment nécessaire ?
Arnaud : Jean-Eudes a toujours été sensible au décorum.
Vincent : Peu importe qui fait le président et les ascenseurs ?
Arnaud : Assesseurs.
Xavier(à Arnaud) : Prends la place du président ça te changera.
(les 3 amis s'installent derrière une table, Jean-Eudes se met à l'extrémité de la pièce)
Arnaud : Nous pouvons commencer ?
Jean-Eudes : Allons-y !
Vincent : Qu'on introduise le suspect.
Jean-Eudes : Ca commence bien.
Xavier: (à Vincent) Tu l'as fait exprès ?
Vincent : Qu'est-ce que j'ai dit 7
Arnaud : Passons sur cette expression ambiguë et analysons les faits : Jean-Eudes et Marine partagent ensemble une passion connue de tous : les antiquités et il est incontestable que Marine et Jean-Eudes se sont rendus seuls à de nombreuses enchères, à divers salons.
Jean Eudes : Je reconnais.
Xavier: Parfois, vous partiez pour des week-end entiers.
Jean-Eudes : C'est exact, nous avons découché par amour des vieilles choses... Je peux même vous avouer que suite à une erreur de réservation nous avons été contraints de partager la même chambre d'hôtel.
Vincent/Xavier/Arnaud : Ah !
Jean-Eudes : Ce fut une nuit formidable, nous n'avons presque pas dormi.
Vincent/Xavier/Arnaud : Ah ah !
Jean-Eudes : Maïs ne vous égarez pas libidineux personnages. Nous n'avons presque pas dormi parce que nous n'arrêtions pas de rire de la situation, des regards envieux que m'adressaient certains clients lors du dîner... Et puis si Marine a accepté cette solution, c'est parce qu'elle en connaissait parfaitement l'innocence.
Vincent : Finalement vous étiez comme qui dirait copines.
Jean-Eudes : Exactement !
Arnaud : Mais Jean-Eudes, admets que cette passion commune, cette fièvre des enchères parfois couronnées par l'achat d'un objet convoité, cette promiscuité jusqu'à dormir ensemble, constituent un terrain idéal pour un dérapage.
Vincent : Et SCHLAAK !
Jean-Eudes : Vincent sois gentil, l'acte d'amour ne se concrétise pas nécessairement par des borborygmes comme, comment dis-tu ?
Vincent : SCHLAAK.
Jean-Eudes : Oui, SCHLAAK... bien que pan, boum, zip ne soient pas plus flatteurs.
Vincent : J'ai jamais dit pan, boum, zip.
Xavier: SCHLAAK est plus original.
Vincent : Moi je préfère.
Arnaud : Je crois que nous digressons par rapport à l'ordre du jour.
Jean-Eudes : C'est vrai nous ne sommes pas là pour juger les écarts de langage de Vincent !
Vincent : C'est pas un écart, c'est une onomatopée
Jean-Eudes : Il a parfois de ces lueurs.
Xavier : Et si Jean-Eudes avait trahi par jalousie, par vengeance.
Jean-Eudes : Jaloux de qui ?
Xavier : De Roger. Tu as souvent déploré ses succès trop faciles.
Jean-Eudes : Pas toujours. Parfois Roger a écrit des pièces pétillantes de fantaisie ; parfois il a fait dans la facilité.
Arnaud : C'est vrai que Jean-Eudes a toujours milité pour la suprématie de l'art authentique et a souvent méprisé des disciplines plus mineures selon lui, comme le théâtre de boulevard.
Jean-Eudes : Mais enfin ça ne tient pas debout. Imaginez que vous soyez tous mariés, je n'aurai tout de même pas assis mes préférences culturelles sur les fesses de vos femmes en invoquant la suprématie des poèmes de Lamartine sur les plaidoiries d'Arnaud, des sculptures de Rodin sur les carrosseries préférées de Vincent, des toiles de Delacroix sur les carènes dessinées par Xavier.
Vincent : J'ai pas tout pigé.
Xavier: Jean-Eudes nous vante son tempérament.
Arnaud : C'est vrai que la notoriété culturelle ne justifie pas une pseudo compensation sexuelle.
Vincent : (sortant son carnet) Ca c'est pas mal... mais il faut pouvoir ressortir un truc pareil.
Jean-Eudes : Imagine que tu offres ta marge bénéficiaire à une académicienne octogénaire.
Arnaud : Je me demande si nous avons adopté la bonne méthode : l'aversion systématique de Vincent pour certaines villes de banlieue, l'homosexualité irréversible de Jean-Eudes. Tout cela génère peu d'indices.
Jean-Eudes : Ah mais Xavier et toi-même n'êtes pas encore passés sur le grill de l'accusation. il vous faudra mes chéris vous aussi nous présenter une raison impérieuse à défaut d'un véritable alibi.
Vincent : C'est vrai les chéris, au boulot.
Arnaud : Les minous, les chéris, c'est la première fois qu'il nous appelle comme ça.
Xavier: C'est peut-être une trahison, il existe peut être des liens secrets entre Jean-Eudes et Vincent.
Jean- Eudes : Mon Dieu !
Vincent : J'suis pas si repoussant que ça.
.Jean-Eudes : C'est pas un problème physique.
Arnaud : Je vous rappelle que ce n'est pas l'objet du débat.
Xavier : Nous classons donc aussi le dossier Jean-Eudes.
Arnaud : Classons et prépare toi à passer à confesse.
(une sonnette retentit)
Jean-Eudes : Déjà Roger, il est bien impatient.
Xavier : Peut-être un visiteur, je vais ouvrir la porte.
(Xavier sort de la scène puis revient ahuri)
Xavier: C'est Marine.
RIDEAU
FIN DU PREMIER ACTE